Le centre Takiwasi, rencontre des savoirs

Le Centre  de soins Takiwasi à Tarapoto, Pérou, allie les apports des médecines amazoniennes et la psychothérapie occidentale pour élaborer un protocole thérapeutique efficace dans le cas des toxicomanies.

Rendez-vous à Tarapoto, dans la région San Martín au Pérou.

Les fondations de la ville sont liées au peuple Chancas ayant immigré sur ces terres après leur révolte contre l’Empire Incas. Aujourd’hui la ville compte 120 000 habitants et attire de nombreux touristes intéressés par les excursions en forêt et les diètes de plantes.

C’est ici que s’est installé le médecin français Jacques Mabit, il y a plus de 30 ans, pour fonder le centre Takiwasi, “la maison qui chante”. A l’époque, son analyse ouvre une nouvelle voie sur le traitement de la toxicomanie.  Dans le monde occidentale, alors que la consommation de plantes psychoactives sont généralement interdites, les addictions aux diverses drogues médicamenteuses, psychotropes ou alimentaires, y sont particulièrement élevées. En réalité, la consommation de plantes dans le but d’atteindre un état altéré de conscience se retrouve historiquement dans toutes cultures et civilisations. Bien utilisées, elles peuvent même jouer un rôle thérapeutique efficace dans le traitement des addictions.

Le centre accueille ainsi des toxicomanes du monde entier pour des traitements allant jusqu’à 9 mois. Ils sont Péruviens en majorité mais aussi Uruguayens, Américains, Français… Les addictions traitées sont diverses. Au Pérou, la toxicomanie est souvent liée à la pâte de cocaïne. D’autres patients viennent pour se défaire d’antalgiques (parfois légalement prescris), d’antidépresseurs, de la marijuana, du crack ou même de la pornographie.

A Takiwasi, médecins, guérisseurs traditionnels et psychothérapeutes travaillent de concert. L’objectif : « élaborer un protocole thérapeutique efficace dans le cas des toxicomanies baser sur la complémentarité entre les médecines amazoniennes et la psychothérapie occidentale” (Jacques Mabit). Là où la médecine occidentale rencontre ses limites, les savoirs botaniques traditionnels et rites associés entrent en jeux comme science du monde symbolique et accompagnement du patient dans sa vie spirituelle.

Le processus de soins par les plantes se présente sous forme de cycles en trois étapes. Premièrement les plantes de purge participe à la désintoxication du patient. Avec la plante Yawar Panga, il comprend vite que la plante peut être plus forte que la drogue : elle élimine les symptômes du manque tant physique que psychique.

Ensuite, vient l’introspection via les cérémonies d’Ayahuasca et les diètes en isolement dans la forêt. L’Ayahuasca est une plante psychoactive non addictive utilisée depuis des millénaires dans la culture chamanique amazonienne. Chaque semaine, les patients passent cette épreuve de vérité. Le breuvage les amène dans un état modifié de conscience où ils explorent les tréfonds de leur monde intérieur. Dans cet usage médicinal de la plante, les thérapeutes interviennent pour décrypter les visions induites.

Finalement des plantes de contention et les soins quotidiens comme les bains de plantes font parties du suivi continu.

Cette médecine des plantes est régie par des règles et pratiques bien précises qui peuvent paraître folkloriques à l’œil occidental : décoctions de plantes en fonction des astres, souffles de protection par le tabac, « Icaros », chants rituels qui appellent l’esprit de la plante. Pourtant ces pratiques représentent l’héritage de connaissances ancestrales et sont indissociables des soins par les plantes. Elles constituent aujourd’hui l’objets de recherches scientifiques des biologistes présents aux centres.

A travers l’utilisation des plantes au centre Takiwasi, découvrons la richesse de l’association de la médecine occidentale aux savoirs traditionnels.

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