Les Matsés ou l’enjeu du savoir

Les Matsés ont choisi de protéger leur patrimoine en recensant leurs plantes et les connaissances qui y sont associées. En 2016, ils rédigent une encyclopédie de médecine traditionnelle. En tout, 500 pages destinées à consolider les savoirs mais aussi à les transmettre aux générations futures. Un modèle de lutte pour la préservation de la culture locale.

Voici une initiative qui nous a particulièrement intéressée. Nous avons contacté les associations travaillant avec les Matsés pour en savoir plus. Lorsque l’on veut travailler avec des populations autochtones en isolement volontaire, passer par ces intermédiaires est incontournable. Les Matsés se méfient (et il y a de quoi) des contacts avec les extérieurs et ont connu des expériences malencontreuses avec des journalistes dans le passé. Il était donc difficile de réaliser avec un épisode avec eux. Nous ne pouvons que respecter leur choix et participer à notre échelle à la valoriser de leurs initiatives.

Cap au Nord du Pérou où le fleuve Yaquerana dessine la frontière avec le Brésil. Ce territoire abrite une biodiversité des plus riches et dense sur terre. C’est à l’ouest du fleuve que vivent les communautés Matsés : environ 3000 individus sur 420 000 ha de réserve nationale, l’équivalent de la taille de l’Autriche. La constitution d’un tel parc fut une avancée majeure au Pérou; elle accompagna la réglementation sur les droits des peuples autochtones au début des années 70.

Les Matsés vivent à l’orée des derniers peuples encore non contactés. Eux-mêmes sont restés longtemps isolés du monde extérieur. Leur première rencontre avec les missionnaires américains remonte à 1969, à peine 50 ans en arrière. Pourtant, en quelque décennies les Matsés ont quitté leur habitat collectif et nombre de rites traditionnels ne sont aujourd’hui plus pratiqués. Victimes des missions évangélistes et des entreprises extractivistes, ils ont vu leur territoire mis en péril et leur culture menacée.

Mais depuis l’arrivée des premiers colons, les Matsés sont connus pour être un peuple guerrier. Aujourd’hui encore ils entendent défendre leurs terres et veillent à la transmission des connaissances qui s’y rattachent.  A l’heure où les plus jeunes quittent la forêt pour la ville, où les savoirs oraux disparaissent avec les anciens, les Matsés ont choisi de réagir.

En 2016, ils lancent un projet inédit en Amérique Latine : fixer par écrit les connaissances des anciens pour entériner et transmettre leur culture. Ils vont alors recenser les plantes et les savoirs dans une encyclopédie. Avec l’aide de l’association ACATE, ils ont réunis cinq chamans pour travailler à l’élaboration de ce livre de 500 pages. Le recueil de connaissance n’est édité qu’en langue Matsé protégeant ainsi les savoirs de la convoitise des grandes corporations et des chercheurs internationaux.

On peut parler d’encyclopédie chamanique : chaque maladie est catégorisée avec ses symptômes, ses causes. Les articles, illustrés de photos prises par les Matsés, expliquent quelle plante utiliser et comment préparer la cure. L’encyclopédie porte une part de leur cosmogonie : elle explique comment les lieux, les animaux, les plantes et les maladies sont interconnectés.

Ce recueil de données  est aussi  un vecteur de changements par les communautés. Au commencement du projet, les chamans avaient du mal à mobiliser des apprentis. Aujourd’hui ils sont désormais accompagnés par des jeunes dans la forêt pour découvrir les plantes médicinales et connaître leur utilisation.

Plus encore, cette revitalisation du savoir est une question de survie. Les Matsés se situent à plusieurs kilomètres des dispensaires les plus proches. Lorsqu’il n’y a pas de pénurie de médicaments, les soins offerts sont coûteux pour la communauté. Ré-investir les plantes médicinales, c’est aussi renforcer le système de soin communautaire.

La méthodologie des Matsés constituent un exemple de revitalisation du savoir au sein de communautés dont la survie est en péril. Mais avec des jeunes souvent attirés par le monde extérieur et des anciens qui ont tous plus de 60 ans, ce peuple est sur la brèche. Que faire d’une encyclopédie s’il n’y a personne pour la lire? Si les enfants ne parlent plus la langue Matsé de leurs parents?

Pour suivre les initiatives de ce peuple :

  • https://www.survivalinternational.fr/
  • https://acateamazon.org

Crédit photo : Survival International

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